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Bruit et poussière rue du Faubourg Figuerolles : une plainte environnementale chiffrée

Le 12 août 2026, l'association Les Amis du Père Soulas a déposé une plainte environnementale contre l'exploitation d'une plateforme de tri informelle installée depuis avril dans une cour du 88 rue du Faubourg Figuerolles, à Montpellier. Le dossier, que nous avons pu consulter, ne repose pas sur des impressions mais sur onze semaines de mesures.

Ce que le sonomètre a enregistré

Trois riverains ont posé des sonomètres à 1,50 mètre de leurs fenêtres, côté cour, entre le 2 juin et le 17 août 2026. Les relevés montrent une moyenne de 61,4 décibels entre 6h40 et 9h10, avec deux pointes à 74,2 et 76,8 décibels les 9 et 23 juillet, lors du basculement de bennes métalliques. Le seuil de 65 décibels n'est donc franchi qu'à l'occasion de ces manutentions, mais il l'est presque chaque matin de semaine ouvrée.

Rien n'a été mesuré la nuit.

Nadia Ferrand, qui habite au deuxième étage depuis 1998, a consigné les horaires sur un carnet que la plainte reproduit en annexe. Son logement donne directement sur la cour, à onze mètres de la zone de déchargement, et sa chambre d'enfant se trouve du côté des bennes. Elle écrit que le bruit « commence avant que la rue soit réveillée » et que les pointes correspondent, selon elle, aux jours où les camions arrivent plus nombreux.

Les mesures ont été réalisées avec deux appareils différents, un modèle loué chez un revendeur de la zone Millénaire et un second prêté par un voisin ingénieur du son. Les deux séries concordent à 0,8 décibel près, ce qui a manifestement pesé dans la décision de déposer un recours plutôt qu'une simple lettre de doléances.

Ce que le sonomètre a enregistré

La poussière déposée sur les balcons

Cinq prélèvements de poussière ont été effectués les 21 juin, 5 juillet et 2 août, sur des appuis de fenêtre situés entre le premier et le quatrième étage. Les dépôts recueillis après une semaine sans pluie pèsent entre 0,42 et 1,17 gramme au mètre carré, contre 0,09 gramme relevé sur un balcon témoin du boulevard Pasteur.

La couleur rougeâtre du dépôt inquiète plusieurs locataires.

Nadia Ferrand raconte qu'elle essuie les rebords deux fois par semaine et que le linge étendu dehors ressort taché de fines particules ocre. Un commerçant de la rue, Karim Delaunay, qui tient une épicerie à vingt mètres de la cour, dit avoir changé son système de ventilation au printemps parce que les filtres se colmataient trop vite.

Les auteurs de la plainte demandent une analyse granulométrique et une recherche de métaux lourds sur les échantillons restants. Aucun résultat de laboratoire n'a encore été communiqué, et il serait imprudent d'affirmer quoi que ce soit sur la composition exacte de ces poussières avant que ces analyses soient rendues.

C'est la partie du dossier qui laisse le plus de questions ouvertes. Les riverains, eux, ont observé un épisode de dépôt exceptionnel le 14 juillet, après une nuit de vent, et l'ont photographié avec un repère gradué posé sur le rebord.

Qui est informé, et depuis quand

La plainte a été transmise à la mairie de Montpellier, à la préfecture de l'Hérault et à l'Agence régionale de santé, avec copie au bailleur social propriétaire de l'immeuble. Le dossier fait 47 pages, dont 23 d'annexes : captures d'écran horodatées, photographies, factures de location de matériel.

Il n'existe pas, à ce jour, de réponse écrite versée au dossier.

Thomas Mercier, qui suit les questions de voisinage pour notre atelier, rappelle qu'une plainte environnementale n'ouvre pas automatiquement une procédure contentieuse, et qu'un délai de plusieurs mois est courant avant qu'une position officielle ne soit notifiée aux requérants.

Les habitants ont parallèlement saisi le conseil syndical de la copropriété voisine, réuni le 4 août, qui a voté une motion de soutien à l'unanimité moins une abstention. La Région Occitanie, par son service compétent, a accusé réception le 19 août sans se prononcer sur le fond du dossier.

Ce que cela change au quotidien

Pour les 34 logements de l'immeuble, la gêne se traduit par des horaires décalés : fenêtres fermées jusqu'à 9h30, lessives reportées au week-end, siestes d'enfants déplacées dans la pièce la plus éloignée de la cour. Ces ajustements ne coûtent rien en apparence, mais ils pèsent sur l'organisation de journées déjà contraintes par le travail et l'école.

Un locataire du quatrième étage a demandé un changement de logement au bailleur.

Le trafic de la rue, lui, n'a pas augmenté : les comptages manuels réalisés par les requérants sur trois créneaux de deux heures montrent un flux stable de véhicules légers, et ce sont les manoeuvres dans la cour, non la circulation, qui produisent l'essentiel des pointes sonores.

La suite dépendra des réponses administratives, et il est trop tôt pour dire si l'exploitation sera suspendue, encadrée ou simplement tolérée. Les riverains, eux, continuent de relever. Une quatrième série de mesures est prévue du 31 août au 14 septembre, avec un sonomètre positionné cette fois côté rue, pour distinguer ce qui vient de la cour de ce qui vient du faubourg.

Sophie Leroy suit ce dossier depuis mai ; les pièces citées peuvent être consultées sur demande écrite adressée à l'atelier, 157 boulevard Pasteur, 34090 Montpellier.

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