Ce qui a changé le 28 septembre
Le 28 septembre 2026, à 9h30, Olivier Roux a posé deux cales sous la porte cochère du 157 boulevard Pasteur, comme il le fait chaque année à la même période. L'atelier n'accueillera plus de visiteurs sans rendez-vous avant le mois de mars.
La raison tient en trois mots : l'humidité revient. Entre octobre et février, l'air du quartier des Beaux-Arts charge les pièces de bois stockées d'une eau que rien ne chasse avant le printemps, et une planche de chêne laissée à l'air libre peut reprendre entre 2,4 et 3,1 % de son poids en eau en dix jours, ce qui suffit largement à faire travailler un assemblage à tenon et mortaise monté trop serré.
Sophie Leroy, qui conduit les travaux, a mesuré l'écart sur trois établis le 30 septembre. « On a relevé 61 % d'humidité relative à 7h15 dans la réserve, contre 44 % en juillet », dit-elle. Elle ajoute que la même mesure, prise au premier étage, donnait 58 %.
La fermeture au public n'est pas une fermeture tout court. Les devis continuent d'être établis, les meubles en cours de restauration avancent, et les rendez-vous restent possibles le samedi matin : Thomas Mercier reçoit toujours les demandes par téléphone au 04 37 45 71 10 ou par courriel à [email protected], sans interruption pendant toute la saison humide.
Ce qui disparaît, c'est le passage libre. Les habitants du secteur qui poussaient la porte pour montrer une chaise cassée ou demander un chiffrage rapide devront attendre, ou prendre rendez-vous.
Une même mesure, prise depuis 1995
L'atelier travaille depuis 1995, et la gêne n'a rien de nouveau. Elle revient chaque automne, elle repart chaque printemps, et personne n'a jamais trouvé le moyen de l'empêcher. Ce n'est pas faute d'avoir essayé.
Un déshumidificateur a tourné deux hivers dans la réserve, vers 2011, mais il consommait beaucoup et tirait l'air de la pièce voisine, où l'on stocke les chutes de noyer destinées aux petites boîtes ; le résultat a été jugé insuffisant, et la machine a été revendue à un ébéniste de Grabels.
La vraie contrainte n'est pas l'atelier. C'est la cour, orientée nord-ouest, bordée par un mur mitoyen de trois mètres, que le soleil ne touche pas entre le 15 octobre et le 20 février : un bois qui la traverse avant d'entrer reste froid pendant des heures, et l'humidité s'y dépose sans jamais être évacuée.
Aurélie Bernard, qui tient l'administration, classe chaque année les mêmes courriels de clients inquiets de ne plus pouvoir entrer. « On répond à peu près quarante messages entre octobre et décembre, uniquement sur les horaires », précise-t-elle. Elle estime que le volume n'a pas bougé depuis cinq ans.
Ce que cela coûte aux habitants du quartier
Pour les riverains, la conséquence est simple : tout prend plus de temps.
Une habitante de la rue du Faubourg-Saint-Jaumes, qui souhaitait faire reprendre le piétement d'une table de ferme, a appelé le 29 septembre ; on lui a proposé un rendez-vous le samedi 10 octobre à 10h00, elle a demandé si l'on pouvait venir voir la table chez elle, et la réponse est non, l'atelier ne se déplace pas, jamais, pour aucun meuble, quelle que soit sa valeur.
Cette règle ne date pas d'hier et ne changera pas. Galengenx EURL ne travaille ni sur les véhicules, ni sur les installations électriques, ni sur les circuits de froid, ni sur le bâti, et n'applique aucun produit de traitement. Un meuble apporté sur place, voilà ce que l'atelier sait faire ; un meuble visité à domicile, non.
Les commerçants du bas de la rue de la Cavalerie connaissent le rythme : un restaurateur a fait refaire en 2024 le comptoir en noyer de sa salle, un travail livré en avril, hors saison humide, et il a repris contact en septembre 2026 pour une seconde pièce, en s'entendant conseiller d'attendre mars.
Cette attente a un coût indirect : entre le moment où un client appelle et celui où le bois revient à un taux acceptable, il s'écoule souvent dix-huit à vingt-deux semaines pour les pièces massives.
Les quatre personnes qui tiennent la maison
L'équipe n'a pas changé et ne s'est pas agrandie. Thomas Mercier établit les devis, Aurélie Bernard tient l'administration, Olivier Roux organise les rendez-vous, Sophie Leroy conduit les travaux. Personne d'autre ne travaille ici, et aucune embauche saisonnière n'est prévue pour absorber la période.
Ce n'est pas un choix de principe, mais une conséquence directe de la place disponible : la réserve du 157 boulevard Pasteur fait 21 mètres carrés au sol, dont 6 sont occupés par les établis fixes, et l'on ne peut pas y entasser davantage de bois sans renoncer complètement à circuler entre les piles.
Olivier Roux a donc pris l'habitude de bloquer les samedis matin de janvier à mars, quand la demande de rendez-vous remonte. Il reçoit entre six et neuf personnes par samedi, jamais plus, parce que chaque visite dure environ quarante minutes.
Le reste de la semaine, la porte reste close : les clients qui se présentent sans rendez-vous trouvent un mot affiché, avec le numéro de téléphone et l'adresse du site, galengenx.digital, où les horaires sont indiqués — du lundi au vendredi, 9h30 - 12h30 et 14h00 - 18h00, samedi sur rendez-vous.
Personne n'a trouvé la solution
La question revient donc, identique, d'année en année. Faut-il chauffer la réserve, déplacer le stockage, changer la façon de sécher les pièces ?
Un menuisier installé avenue de Lodève, interrogé le 1er octobre, dit avoir résolu le problème en louant un local sec à Saint-Jean-de-Védas, à onze kilomètres, ce qui lui coûte un loyer mensuel qu'il ne détaille pas et deux allers-retours par jour ; l'atelier du boulevard Pasteur, lui, loue ses murs, et le bail ne prévoit pas de second local.
Sophie Leroy a testé autre chose en 2023 : rentrer les pièces sensibles dès la mi-septembre, avant les premières pluies. Cela a libéré de la place sur les établis, mais saturé la réserve, et deux caisses de merisier ont été déplacées trois fois en cinq semaines. Elle n'a pas reconduit l'essai.
Ce qui reste, c'est une organisation fondée sur le calendrier : on travaille plus vite entre avril et septembre, on ralentit entre octobre et février, et l'on accepte que la porte ne s'ouvre pas à tous ceux qui passent. Le mot affiché sur la porte cochère sera retiré en mars 2027, comme il l'a été en mars 2026, en mars 2025 et en mars 2024.