Un garage rue de la Cavalade, hiver 1995
En janvier 1995, Thomas Mercier loue un garage de 48 mètres carrés rue de la Cavalade, côté Figuerolles, pour 1 900 francs par mois.
Il sort d'un chantier de réhabilitation aux Arceaux où il a passé quatorze mois à refaire des portes intérieures en pitchpin, dans un immeuble des années 1930 dont les murs respiraient l'humidité par temps de pluie, et il en garde une conviction simple, presque têtue : un meuble libre tient mieux qu'un meuble posé contre une cloison humide. La première commande utile arrive le 9 mars 1995.
Une libraire de la rue du Bras de Fer veut six mètres de rayonnages en chêne pour ses archives, du sol au plafond, avec des tablettes de 28 millimètres. Elle paie 4 200 francs, fournitures comprises.
La deuxième vient d'un couple de médecins installés près du Peyrou : un vaisselier en noyer, livré en mai.
Deux personnes travaillent alors dans le garage. Thomas et un apprenti de dix-neuf ans, parti au bout de onze mois.
Le local est trop court pour débiter des plateaux de 250 centimètres, alors les débits se font dehors, sur trétaux, quand la pluie le permet. Cette contrainte a orienté toute la suite de l'activité vers les pièces de moins de deux mètres, fabriquées en intérieur, et elle explique pourquoi l'atelier n'a jamais accepté de dressing toute hauteur ni de bibliothèque en une seule pièce.
Ce que l'atelier a toujours refusé
Olivier Roux, qui gère les rendez-vous depuis 2011, a vu passer les mêmes demandes chaque printemps, et il connaît la question avant qu'elle soit posée.
Un client appelle, décrit un escalier qui grince dans un immeuble du centre, demande une reprise. La réponse est non.
L'atelier ne touche pas à la structure d'un bâtiment, ne pose pas de marches, ne reprend pas une charpente, ne remplace pas une poutre, ne consolide pas un plancher. Le refus s'étend à trois autres domaines, sans exception ni dérogation : les véhicules, sous toutes leurs formes, y compris les aménagements de fourgon ; les réseaux électriques raccordés au compteur, éclairage encastré compris ; les circuits de froid, y compris les meubles de conservation. Aucun pesticide, aucun biocide, aucun traitement diffusé dans un local occupé.
Les demandes arrivent surtout de deux façons. Par téléphone, au 04 37 45 71 10, souvent le lundi matin. Ou par courriel à [email protected], avec des photographies prises au téléphone, floues, en désordre.
Aurélie Bernard, à l'administration, répond à toutes, y compris aux refus, et propose une orientation quand elle en connaît une. Elle ne donne pas de nom d'entreprise, seulement des indications de métier, et elle note la date de chaque appel dans un cahier à spirale.
Trois meubles qui expliquent la méthode
Une bibliothèque livrée en 2004 dans un appartement du boulevard des Arceaux mesure 3 mètres 12 de haut et occupe un pan de mur entier, sous une poutre apparente.
Les montants sont en chêne massif, les tablettes en contreplaqué de bouleau plaqué chêne, et l'ensemble est bridé par quatre tiges filetées traversantes, serrées à la main, sans colle sur les assemblages verticaux. Vingt ans plus tard, trois tablettes ont été ajoutées, rien n'a bougé, et la propriétaire a fait reteinter les montants en 2023 pour 180 euros.
En 2016, un restaurateur du quartier Sainte-Anne commande vingt-deux caisses en cagette pour un marché de producteurs. Chaque caisse coûte 38 euros hors taxe, assemblée en pin des Landes, clouée main, avec poignée latérale. Douze sont reparties chez le client. Dix sont restées à l'atelier comme rangement d'outillage, et elles servent encore.
Le travail le plus long de ces dix dernières années est un vaisselier en merisier livré en 2019, à un collectionneur de la rue Saint-Louis, près de la place de la Canourgue : six cent quarante heures sur onze mois, avec des portraits de porte en noyer incrustés et des tiroirs à fond de cèdre. Le devis initial était de 6 800 euros, la facture finale de 9 150 euros, après deux modifications demandées en cours de route.
Le 157 boulevard Pasteur, depuis 2007
L'atelier a déménagé une seule fois. En 2007, il quitte la rue de la Cavalade pour le 157 boulevard Pasteur, 34090 Montpellier, un local de 210 mètres carrés sur deux niveaux, avec une porte cochère en fond de cour. Il n'existe ni deuxième atelier, ni annexe, ni point de dépôt ailleurs dans la ville. La totalité des opérations, du rabotage à la finition, se fait à cette adresse.
Les horaires n'ont pas changé depuis l'installation : du lundi au vendredi, 9h30 - 12h30 et 14h00 - 18h00, et le samedi sur rendez-vous.
Sophie Leroy, qui suit les travaux, reçoit les visites en fin de matinée, quand la lumière entre par la cour et que la poussière de chêne reste lisible sur les établis.
On vient en tramway, ligne 3, arrêt Place Carnot, puis à pied.
Restaurer du vieux bois, sans le repeindre
La moitié des entrées à l'atelier concerne du mobilier ancien, souvent hérité, parfois attaqué.
Une commode d'un logement de la rue de l'Université arrive en 2021 avec un placage d'acajou soulevé sur 40 centimètres, une traverse fendue et une odeur de cave qui ne partait pas à l'aération ; le travail demande six semaines et un décapage à la racine, sans produit agressif, sans vernis épais, avec une finition à la gomme laque passée au tampon. Olivier Roux pose toujours la même question au premier appel : ce meuble a-t-il une valeur sentimentale ou marchande. La réponse change la méthode, pas le tarif horaire, fixé à 52 euros hors taxes depuis janvier 2024. Un meuble de famille se restaure dans la durée, un meuble d'achat se répare pour l'usage, et les deux ne demandent pas les mêmes gestes.
Ce que la maison ne dira jamais
Galengenx EURL ne dispose d'aucune certification, d'aucun agrément, d'aucune inscription à un ordre professionnel, et ne le suggère nulle part, ni sur un devis, ni sur une facture, ni au téléphone.
Elle n'annonce ni délai de deux ans sur une prestation, ni revenu, ni placement. Aucun magazine, aucune chaîne de télévision n'est cité comme référence, parce qu'aucun ne l'est.
Ce qui existe, à la place : quatre personnes, Thomas Mercier aux devis, Aurélie Bernard à l'administration, Olivier Roux aux rendez-vous, Sophie Leroy aux travaux. Un local au 157 boulevard Pasteur. Un numéro de téléphone et une adresse de courriel. Une date de départ, 1995, et une pratique assez constante pour qu'un meuble livré il y a vingt ans tienne encore debout dans un appartement du centre.